Claudette Samson. Publié dans le Soleil du 9 août 2012

(Québec) Le déclenchement des élections a laissé en plan la tant attendue politique bioalimentaire. Le rapport de la commission Pronovost sur l'avenir de l'agriculture a pourtant été déposé en février 2008, soit... 10 mois avant les précédentes élections. Le milieu ne peut qu'espérer que cette fois-ci sera la bonne!

«On attend une vraie politique bioalimentaire et qu'un parti s'occupe VRAIMENT d'agriculture», commente Benoît Girouard, président de l'Union paysanne.

«Les tablettes sont pleines [de nourriture], il n'y a pas de pénurie. Il n'y a pas de fraises du Québec? C'est pas grave, il y a celles de la Californie!» s'exclame-t-il avec ironie, pour marquer son regret par rapport à l'indifférence qu'il constate envers cet enjeu.

 

Il constate par ailleurs que les promesses faites en période électorale tombent facilement dans l'oubli après les scrutins. Il aura fallu presque 10 ans aux libéraux pour commencer à valoriser la transformation alimentaire, dit-il, et ils ont reculé par rapport à l'étiquetage obligatoire des organismes génétiquement modifiés (OGM).

Charles Tanguay, de l'Union des consommateurs, une organisation membre de la Coalition S.O.S. Pronovost, se demande pour sa part quel sera le parti qui appliquera les recommandations de cette commission et surtout, quand, car «il y a urgence».

La Coalition a déjà reproché au gouvernement sortant d'avoir voulu gagner du temps avec le Livre vert sur la politique bioalimentaire, qui refaisait en quelque sorte le travail déjà fait et qui n'a pas pu terminer ses audiences.

Crise alimentaire en vue

Selon lui, peu de gens réalisent qu'une crise alimentaire guette la planète, notamment en raison du réchauffement climatique. Présentement, il y a une «sécheresse épouvantable» aux États-Unis et les réserves de grains sont au plus bas, alors que les prix grimpent en flèche.

«Quand le prix du panier d'épicerie aura doublé, ça va crier», avance M. Tanguay.

Du côté de l'Union des producteurs agricoles, la liste d'épicerie envers les candidats est longue et bien définie. Mais globalement, elle se résume à trois points : «Produire plus, produire meilleur et produire mieux», explique le président Marcel Groleau.

Pour produire plus, il faut élaborer des plans de développement régionaux, car il y a présentement une iniquité entre les régions, et certaines en arrachent plus que d'autres. Il faut aussi donner leur chance aux petites productions qui sont moins organisées et ont moins de moyens, dit-il.

M. Groleau demande également au prochain gouvernement québécois d'être vigilant dans le contexte où plusieurs négociations sont en cours entre le Canada et d'autres pays, afin de protéger la gestion de l'offre et la mise en marché collective. Il souhaite la création d'un Secrétariat à la spécificité agricole et alimentaire.

«Produire meilleur» doit entre autres passer par l'achèvement des programmes de traçabilité. Les agriculteurs ont fait beaucoup d'efforts, il est temps que les transformateurs s'y mettent pour que le parcours des aliments, et particulièrement des viandes, soit connu de la ferme à l'assiette.

Quant à «produire mieux», cela passe entre autres par un meilleur soutien aux bonnes pratiques environnementales et par le développement et le transfert des connaissances. Cela, alors que le gouvernement fédéral a beaucoup coupé dans ces budgets, rappelle-t-il.

Marcel Groleau espère également que les partis s'engageront à protéger le territoire agricole et à s'assurer qu'il demeure à l'abri des spéculateurs.

Dans les régions, les agriculteurs interpelleront les candidats, dit-il, pour leur demander de prendre position en faveur du développement de l'agriculture au Québec. Il convient toutefois qu'à ce jour, la campagne n'a guère fait les manchettes.


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